
Bien que le potentiel du Maroc soit important et que le pays ait été le premier pays africain à se lancer dans la franchise dans les années 90 le royaume n’a pas suffisamment progressé.
La franchise au Maroc était le thème du débat en vidéo-conférence co-organisé, mardi 18 mai par la Banque Européenne pour la reconstruction et le développement (la BERD représentée par plusieurs personnes dont Mo Rachid Amrani) et l’Union Européenne au Maroc (représentée par Mme Sandrine eauchamps) dans le cadre d’un cycle de7webinars sur les challenges et opportunités post Covid-19au Maroc.
Ce qui suit n’est pas un compte-rendu fidèle mais ce que j’en ai retenu pour vous.
Le nombre de réseaux de commerce s’élèverait à815réseaux, pour plus de 7.000points de vente selon M Rachid Serrakh directeur au Ministère du commerce. (mais un autre intervenant parlait de 700 réseaux et 5 000 points de vente) La France fournirait le principal contingent suivie du Maroc (16%) de l’Italie, des Etats-Unis, de l’Espagne et de la Turquie.
Attention, il s’agit du nombre de réseaux et pas seulement de la franchise. Nous essaierons de bien comprendre la méthode de ce recensement communiqué par le ministère du commerce pour éviter les mauvaises interprétations.
L’équipement de la personne vient en tête avec près de 45% des réseaux suivi de l’équipement de la maison et aménagement de l’habitat (22%), puis du commerce de détail alimentaire (9%). Ace stade nous pensons qu’il s’agit du nombre de réseaux et non du nombre de points de vente car l’alimentaire aurait alors un meilleur classement.
Sans surprise les enseignes sont surtout présentes dans les agglomérations de Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech… disposant d’une classe moyenne suffisamment nombreuse.
Les centres commerciaux ont favorisé le développement des enseignes car elles en avaient besoin pour se remplir mais les loyers sont très importants, souvent trop.
Des problématiques existent pour la franchise nationale selon Monsieur Mohamed El fane président de la FMF. Nous formulons ci-dessous ses constats mais dans une formulation issue de notre interprétation de ses propos.
Le financement de la croissance demeure difficile pour les franchiseurs mais aussi pour les candidats franchisés dans les concepts les plus courants dans le monde. On trouve presque plus facilement des grands groupes capables de prendre plusieurs franchises (comme NESK représentée au débat par son directeur M Sobhi Bakir) et de les exploiter en multi-franchisés que des entrepreneurs indépendants capables d’en financer une pour commencer. Cela freine encore plus les franchises nationales que les franchises étrangères.
La ressource humaine est aussi difficile à trouver faute de personnel formé au management ou au développement de réseaux, d’experts nationaux et de moyens financiers pour se payer les experts étrangers, européens ou américains pour la plupart.
L’importance du commerce informel est aussi un problème relevé par M. El fane car la franchise est transparente, paie ses taxes et ses charges contrairement aux acteurs de l’informel ce qui crée un déséquilibre dans les prix de vente entre franchisés et informels.
Le Master-franchisé de Quick a pour sa part condamné les lourdeurs douanières et le manque de filières agricoles qui permettraient d’acheter par exemple de la viande de Boeuf Hallal au Maroc plutôt qu’en Espagne. Il a souligné aussi les lourdeurs douanières.
L’absence de loi sur la Franchise a aussi été noté mais sans qu’une majorité se dessine pour en souhaiter une car les lois marocaines sont suffisantes pour les acteurs de la franchise à l’exception d’un besoin de réglementation de l’information précontractuelle sur le modèle français déjà copié en Belgique, en Tunisie….et de ce qui pourrait faciliter la concurrence avec l’informel et les formalités douanières. Mme Siham Jabrane a émis des suggestions qui rejoignent celles que nous formulons depuis 10ans environ :
- la création d’un observatoire national de la franchise,
- la mise en place d’une offre financière permettant aux TPE et PME de s’intégrer dans l’écosystème de la franchise car le manque de financement pour les TPE et PME explique pourquoi les franchises au Maroc sont souvent dans les mains de groupes du Moyen Orient
- la baisse du prix de l’immobilier commercial bien trop cher dans le royaume
- la création de programmes d’accompagnement des porteurs de projets de programmes de formation
Il a aussi été souligné que les franchises internationales sont utiles pour favoriser le transfert des compétences et installer une concurrence dynamisante incitant le commerce marocain à se mettre à niveau, condition nécessaire pour que la franchise marocaine puisse exporter en plus grand nombre que maintenant. Les franchises marocaines devraient aussi exporter en Afrique et au Moyen-Orient alors qu’elles semblent s’intéresser trop exclusivement à l’Europe, un marché pourtant complexe par le niveau de savoir-faire qui y est déjà atteint.
Jean Samper
Sur la base des échanges lors du webinaire du 18 mai organisé par la BERD et l’Union Européenne au Maroc.